Réflexion avec trois regards différents, mais une seule et même conviction.
Le premier regard est celui de l’entrepreneur. Celui qui sait que derrière chaque facture, chaque projet, chaque risque pris, il n’y a pas de « concept » ou de « dynamique systémique », mais une responsabilité individuelle. On ne réussit pas une entreprise en invoquant des circonstances extérieures ou en remplissant des formulaires de revendication : on la réussit en travaillant, en s’adaptant et, surtout, en assumant ses échecs. Dans le monde des affaires, on ne demande pas à un bilan comptable s’il a été « opprimé » par le marché ; on regarde s’il est dans le vert.
Le deuxième regard est celui du président d’un club sportif. Et c’est peut-être là que se trouve la leçon la plus précieuse. Dans mon club, nous accueillons des profils de tous horizons. Toutes les origines, toutes les classes sociales, toutes les croyances.
Soudainement, on ne s’intéresse plus à l’identité de genre, à l’origine ethnique ou au milieu social du coéquipier. On s’intéresse à sa capacité à faire l’effort, à respecter la règle et à ne pas rater son geste. Le sport est le dernier bastion d’un universalisme réel : là où seule compte la valeur de l’action. C’est assez fascinant de voir que sur un terrain, on arrive à s’entendre sans avoir besoin d’un manuel de 200 pages sur la « communication inclusive ».
Le troisième regard est celui de l’élu PVL. Celui qui croit que l’écologie ne sera jamais un succès si elle ne s’appuie pas sur la liberté économique et la responsabilité de chacun.
C’est précisément pour cela que je m’inquiète de la dérive que je vois s’installer dans une partie de la gauche actuelle.
Je m’inquiète de voir l’universalisme être remplacé par le communautarisme. On ne nous parle plus de « citoyens », on nous parle de « groupes ». On ne nous parle plus de « solidarité », on nous parle de « réparations » basées sur des identités.
Mais je vous le demande : à quoi sert-il de segmenter la société en catégories d’opprimés et d’oppresseurs si c’est pour finir par enfermer chacun dans sa propre case ? C’est un peu comme si, pour aider quelqu’un à sortir d’une boîte, on lui proposait une boîte légèrement plus grande, mais mieux étiquetée.
Pourtant, la liberté, comme le rappelait Albert Camus, c’est l’opportunité d’être soi-même. Pas d’être la représentation d’une catégorie ou le porte-parole d’une minorité. Dans mon club, nous ne célébrons pas la différence pour elle-même ; nous la transcendons par l’effort commun. Vouloir protéger les individus en les enfermant dans leur identité, ce n’est pas du progrès, c’est un retour en arrière. C’est nier la capacité de l’individu à s’élever au-dessus de son origine. Car, au fond, comme l’écrivait Sartre, l’homme est condamné à être libre : et cette liberté implique que nous sommes les seuls responsables de notre trajectoire.
Et cette dérive, elle a un coût. Elle se traduit par un certain laxisme, une forme de complaisance face à l’insécurité. On nous explique que le délit est le produit d’une structure sociale, d’une injustice historique…
Je comprends la cause, mais je refuse que la cause devienne une excuse. L’empathie ne doit pas être le tombeau de la loi. Quand on abandonne la règle pour privilégier le récit de la victime, on ne rend pas service à la société, on fragilise les plus vulnérables qui sont les premières victimes de ce laisser-aller. La responsabilité individuelle est la seule réponse possible. Parce que sans exigence, il n’y a pas de progrès possible.
C’est ici que je me rends compte qu’une partie de la gauche a oublié une vérité fondamentale : rien n’est plus dangereux qu’une idée dont on a oublié qu’elle n’était qu’une idée.
On a transformé des théories sociologiques en dogmes absolus. On a créé des systèmes de pensée si rigides qu’ils ne supportent plus la contradiction (et son argument phare « t’es qu’un facho »), et encore moins la réalité du terrain. On préfère aujourd’hui le confort d’une idéologie biaisées, mais cohérente, à la complexité d’une réalité désordonnée.
Et cette obsession pour le dogme s’étend désormais à notre propre histoire. Je m’étonne de cette tendance quasi obsessionnelle à réécrire le passé, à juger les siècles derniers avec la morale d’aujourd’hui pour justifier des agendas politiques. On a l’impression que pour certains, le passé n’est plus un objet d’étude, mais un buffet où l’on choisit les griefs qui nous arrangent.
L’histoire ne doit pas être un outil de communication, mais un guide. Si nous passons notre temps à déconstruire notre héritage pour satisfaire des dogmes contemporains, nous nous coupons de nos racines et nous perdons tout repère commun. À force de vouloir « décoloniser » ou « déconstruire » chaque aspect de notre culture, on finit par vivre dans un monde sans relief. C’est, pour reprendre l’esprit de James Joyce, un cauchemar dont on se réveille en sursaut : celui d’une société qui a tellement peur d’offenser le passé qu’elle en a oublié comment construire un futur.
Mon positionnement est donc clair : je veux une écologie qui ne soit pas une punition, mais une opportunité. Je veux une société qui ne soit pas une addition de communautés, mais une union d’individus responsables.
Je refuse la politique du sentiment et du ressentiment. Je choisis la politique du réel. Celle de l’entrepreneur qui crée, du président qui rassemble et de l’élu qui gère avec pragmatisme.
Parce qu’à la fin, peu importe l’étiquette que l’on porte ou la case dans laquelle on tente de nous ranger, ce qui compte, c’est ce que nous apportons concrètement à la collectivité. Et cela, ça ne se décrète pas dans un manifeste idéologique écrit dans un stamm un après-midi de votation : ça se prouve, chaque jour, par le travail, l’engagement et la rigueur.